regardant les rêves

Ce n’est pas sans raison que ces rêves d’antan reviennent aujourd’hui. Aucun rêve, si absurde soit-il, ne se perd dans l’univers. Il y a en lui une faim de réalité, une aspiration qui engage la réalité, qui grandit et devient une reconnaissance de dette demandant à être payée. Nous avons depuis longtemps abandonné nos rêves de forteresse, et voici que, après tant d’années, il se trouve quelqu’un pour y revenir, un homme à l’âme naïve et fidèle qui les a tout naturellement pris au pied de la lettre. Je l’ai vu, je lui ai parlé. Il avait les yeux incroyablement bleus, des yeux qui n’étaient pas faits pour voir, mais pour s’épuiser dans le rêve. Il m’a raconté qu’en arrivant dans cette région, dans ce pays anonyme n’appartenant à personne, il avait tout de suite senti l’odeur de l’aventure et de la poésie, il avait vu dans le ciel le contour, le fantôme, du mythe flottant au-dessus du pays.

Bruno Schulz, La république des rêves, trad. Thérèse Douchy